Barbare ou civilisé, l’étalon or n’est qu’une relique !
Parvenu aux commandes du pouvoir aux Etats-Unis, le Parti Républicain compte donc créer une commission afin de restaurer le lien entre l’or et le dollar. Une mise au point s’impose toutefois dans ce qui risque de se transformer en un combat d’arrière garde – totalement rétrograde – contre des pressions inflationnistes inexistantes. Si l’étalon or devait être rétabli aux Etats-Unis, la Réserve Fédérale devrait définir un cours de convertibilité du dollar contre l’or, c’est-à-dire fixer qu’une once de métal jaune soit échangeable contre une certaine quantité de dollars. Pourtant, comment et en vertu de quels critères devrait s’opérer cette définition alors que les prix de l’or ont fluctué entre 300 et 1’900 dollars l’once ces dix dernières années ? La Fed risque donc d’être inondée d’or si ce cours de conversion est trop élevé. A l’inverse, elle subira une ruée vers l’or si le cours de convertibilité de l’or vis-à-vis du billet est fixé trop bas. Quoiqu’il en soit, et à supposer que cette convertibilité soit définie de manière opportune et donc selon les critères du marché prévalant au moment de cette décision, les fluctuations et la volatilité inhérentes aux prix de l’or auront tôt fait de rendre caduc ce cours de convertibilité.
De fait, l’Histoire a largement démontré que tous les systèmes d’étalon or étaient voués à l’échec. Le plus flagrant – et qui n’est même contesté par ses plus fervents adeptes – étant celui de la Grande Dépression ayant été – sinon induite – en tout cas indiscutablement aggravée et rallongée par l’étalon or prévalant au sein des nations occidentales industrialisées à l’époque. Cette corrélation à l’or devait en effet agir comme un carcan, contraignant les autorités monétaires à conserver des taux d’intérêt élevés censés maintenir le cours de convertibilité de l’or par rapport au dollar, quand le contexte de crise exigeait une réduction immédiate des taux pour relancer l’activité. C’est ainsi que la Réserve Fédérale de 2007 et de 2008 aurait été contrainte de monter ses taux d’intérêt (au lieu de les réduire agressivement comme elle l’a fait) aux lendemains de la crise des subprimes si le régime de l’étalon or avait été en vigueur ! Est-il nécessaire de faire des simulations sur les conséquences dévastatrices pour l’économie américaine – et mondiale – d’une telle remontée des taux en pleine implosion du marché immobilier ou à l’orée de la faillite de Lehman Brothers ?
La crise européenne constitue par ailleurs le cas d’école ultime attestant sans équivoque qu’un pays (ou un bloc régional) exacerbe ses vulnérabilités dès lors qu’il lie son destin économique aux cours de l’or définis par les marchés, ou qu’il renonce à exercer un quelconque contrôle sur sa propre devise. Les dix-sept membres de l’Union Européenne n’ont certes pas lié leurs monnaies respectives à l’or, elles l’ont indexé à l’euro qui agit, de facto, à la manière d’un étalon. Ayant bien fonctionné pendant dix années ponctuées de croissance correcte et d’accidents financiers mineurs, l’ » étalon-euro » devait dévoiler ses faiblesses structurelles à la faveur des déboires budgétaires grecs, de l’implosion des bulles spéculatives irlandaise et espagnole ou d’une politique économique italienne indigne de ce nom… Impossible pour ces nations fragilisées de mener une politique dite « expansionniste » afin de relancer leur économie, soit en dévaluant leur monnaie (qui était donc fixée à l’euro), soit en réduisant leurs taux d’intérêt (qui échappaient totalement à leur contrôle parce que du seul ressort de la Banque centrale européenne). Il était évident qu’un seul et même étalon (par définition totalement inflexible) qui rassemblait des pays – comme la Grèce et l’Allemagne – aux cycles et aux caractéristiques économiques tellement différents – voire antinomiques – était condamné à péricliter. Ou à étouffer un bloc au bénéfice d’un autre.
Bref, l’étalon or est un mythe, ou un phantasme. Un peu comme celui qui consiste à vouloir renouer avec une ex-petite amie au seul motif de certains bons souvenirs partagés, en dépit d’une vie commune dont on sait qu’elle sera impossible. Que les investisseurs et que les spéculateurs achètent et vendent l’or, c’est leur rôle. Mais est-il sérieux de lier le sort de nos monnaies nationales à l’or ? Ou, en d’autres termes, que notre nouvelle monnaie devienne l’or ? Le Parti Républicain US est certes une ligne de défense exemplaire et ultime en matière de conservatisme. Pour autant, être conservateur signifie-t-il et justifie-il le rétablissement d’une politique tombée en désuétude il y a près d’un siècle ?
Les commentaires sont fermés.



On en reparle dans 2 ans
La valeur d’un monnaie tient de la psychologie, même si cette psychologie a aussi une base réelle : PIB, prévalence politique et militaire, richesse, industries, etc … L’impact de l’or tient plus actuellement à du story telling (soit la construction d’une belle histoire vendeuse), la majorité des décisions d’achat d’or étant prise par des personnes n’ayant jamais vécu sous l’étalon-or. L’apprendre à l’université et le vivre, c’est bien différent. Enfin, cette fièvre de l’or détruit l’environnement (déforestation, pollution au mercure). S’il faut prendre une unité positive, alors prenons l’unité inverse du nombre de personnes sous le seuil de pauvreté dans le monde ou le nombre de M3 d’eau potable…
Les cours de l’or peuvent bien grimper jusqu’à 2’000 usd l’once. Ce n’est pas de qui modifiera ma position. Au contraire, ceci me confortera dans l’idée que l’or est spéculatif, rien que spéculatif
L’étalon-or au rebus, ok. Mais que faire de ses remplacants qui se dessinent, en l’occurence « l’étalon-Euro et Dollar » ? Le Yuan n’aurait-il pas un poste d’avenir à pourvoir au sein du DTS si « l’Empire du Milieu » revient à la raison dans le maniement sa politique monétaire ?
Bonjour Monsieur Santi.
J’aimerais alors comprendre pourquoi les banques centrales possèdent tant d’or, comme réserves (US en tête). Pourquoi des banques centrales comme celles de l’Asie, et, du Golfe en achète tant ?
Depuis 1971 nous sommes confrontés à une gabegie financière sans nom, si bien que nous sommes au bord de l’effondrement.
L’étalon or a été abandonné par Nixon qui n’en n’avait plus assez pour poursuivre sa guerre au Vietnam.
Bonjour Milou,
le marché de l’or (et des métaux précieux), comme celui du pétrole, est manipulé par quelques gros joueurs, sachez-le. Vous dites que c’est la « gabegie » depuis 1971? Quant à moi, je trouve que cette gabegie remonte à avant la Grande Dépression, c’est-à-dire à prtir du moment où le partage des ressources de la révolution industrielle s’est opéré de manière inégalitaire. L’étalon or n’a rien à voir et, du reste, il était en vigueur en 1929!
Ne soyez pas confortés par les cours de l’or qui montent car, même si vous le considérez comme une « valeur refuge », tout ceci est très relatif vu que l’or ne vaut que du fait qu’il puisse être échangé contre une monnaie. En d’autres termes, croire en l’or revient à croire aussi en les monnaies puisque l’or ne rapporte rien, n’offre nul rendement et que, si son cours progresse, c’est forcément contre une ou plusiueurs monnaies. L’or et les monnaies font ainsi partie d’un seul et même système…
L’Utah veut faire de l’or un moyen de paiement direct.
http://www.news26.tv/econmie/254-usa-lutah-installe-lor-comme-moyen-de-paiement.html
Bonjour Mr Santi
Bien d’accord.
Mais tout le monde n’est pas de votre avis, et, même si cette idée provoquait quelques haussement d’épaules, il y a 2 ans, et, sans doute encore maintenant, Monsieur Zoellick ne serait pas opposé à ce que l’or soit un des piliers d’une nouvelle monnaie de réserve.
http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20101108trib000570589/la-banque-mondiale-prone-le-retour-a-l-etalon-or.html
comme vous venez de le dire: » un des pliers d’une nouvelle monnaie de réserve »… : un seul et même système, donc.
Pour ou contre, je ne sais plus à quel saint me vouer. Eh bien moi qui croyait que le pétrole […] l’argent ou encore l’or se trouvaient être des ressources naturelles frappées de rareté. Que ces raréfactions – pourtant, bien qu’entrant dans la composition de biens issus de l’industrie dont nous dépendons fortement, à l’instar par exemple de l’industrie électronique et informatique pour ce qui concerne l’or et l’argent – interagiraient à nouveau dans un cycle économique en devenir. La grande manipulation de la formation des prix ne nous a donc rien appris sur le fond, si ce n’est que le vent repose toujours sur du vent ?
Le cours de l’or a-t-il été manipulé ? En 1988, Larry Summers avait publié une étude intitulée « le paradoxe de Gibson et l’étalon or » dont la conclusion était sans appel : « Il serait possible d’augmenter la valeur des bons du Trésor en manipulant l’or à la baisse ». Les cours de l’or ont-ils fait l’objet d’anomalies sur la formation des prix comme semblerait le démontrer D. Speck ? A vous de juger.
http://www.hardinvestor.net/t2872-cours-de-l-or-anomalie-sur-la-formation-des-prix-de-l-or-statistiques-dimitri-speck
la probleme est la confiance dans les monnaies,le jour ou elle disparait (ex Zimbabwe..) que reste t ‘il pour faire ses achats si ce n « est l ‘or et l argent métal.
Savez vous qu’un sénateur romain,pouvait s ‘acheter une toge moyennant une pièce d’or,le sénateur francais peut aujourd’hui se payer un costume avec un Louis d’or (260 €).
Je ne peux qu’approuver sans réserve cet article. L’or est un mythe que beaucoup de gens trouvent rassurants, mais qui devrait les effrayer.
Il est vrai que les économistes sont rarement parvenus à expliquer ce qu’est véritablement la monnaie (ou l’argent). Je note avec stupéfaction que le débat est très ouvert parmi les économistes anglo-saxons (néo-keynesiens, néo-classiques ou « hétérodoxes »), et que bien des économistes confirmés ne semblent pas tout à fait au clair (ce qui explique que le public puisse être déstabilisé).
Le meilleur conseil que je puisse donner est de se procurer un exemplaire de l’excellent livre de John Kenneth Galbraith: L’argent (qui vous confirmera du reste que l’instabilité financière ne date pas des années 70).
@Zorblog : Tant qu’à suivre la voie des conseils – en ses périodes mouvementées – l’ouvrage d’Edouard Husson et Norman Palma me semble également approprié: » Le capitalisme malade de sa monnaie ; considérations sur l’origine véritable des crises économiques ».
http://www.normanpalma.info/textes/le-temps-25-02-09.pdf
zanchi: oui la confiance est l’épicentre du système. Confiance en ceux qui nous dirigent aussi… Du reste, dans « monnaie fiduciaire » = billets de banque en circulation, il y a le terme de fiducie, c’es-à-dire de confiance!
L’or ne sert à rien ( ce que l’on entend dans la rue ) mais si on faisait la liste de tout ce qui ne sert à rien, il faudrait encore couper des arbres pour fabriquer du papier.
il ne rapporte pas d’intérêts ni de dividendes, il n’a aucune des qualités d’un bon produit…et pourtant..il est cher et convoité.
c’est qu’il doit avoir des qualités cachées que personne ici ne soupçonne.
mais c’est parce qu’il sert à rien qu’il a une destination toute particulière:
il peut servir de monnaie de réserve.
Les banquiers centraux et les fabricants d’armes l’ont compris bien avant que nous n’arrivions sur cette terre.
si l’on spécule avec l’or, il n’y a pas de conséquence sur l’approvisionnement alimentaire de la planète, tout du moins pas tout de suite, à la différence de la spéculation sur le blé qui provoque la famine dans certains pays, ou la spéculation su le gaz oil vert qui fait flamber le prix de votre chariot de supermarché.
Pas besoin de décider ou non d’un « régime d’étalon or »
Seulement :
1 – instituer un régime fiscal international unique pour l’or et l’argent.
2 – instituer une libre circulation des pièces et lingots dans le monde.
2 – interdire l’or et l’argent papier non couvert.
3 – Promouvoir l’or comme valeur internationale de réserve.
4 – Faire frapper par la BCE des pièces en or et argent en €uros
5 – Laisser faire le marché.