Encore un petit effort, M. Bernanke
A l’occasion du très attendu symposium de Jackson Hole, Ben Bernanke, Président de la Réserve Fédérale US, a donc mis fin à un suspense qui durait depuis de longs mois et qui tenait en haleine les analystes et les marchés financiers. En déclarant que la Fed était prête à intervenir pour soutenir l’économie. Pourtant, pas plus Bernanke que son établissement ne peuvent plus rien aujourd’hui. Et ce qu’ils comptent faire – ou ne pas faire – n’a plus d’importance. C’est effectivement au printemps dernier qu’il fallait agir, quand l’économie américaine donnait déjà de sérieux signes d’essoufflement car c’est là que l’action de la Fed aurait été optimale en pérennisant la reprise économique. Cette fenêtre de tir s’est aujourd’hui refermée. Car les baisses de taux quantitatives (injections de liquidités dans l’économie via des acquisitions obligataires) ne sont efficaces et constructives qu’à la condition d’être appliquées selon un « timing » opportun.
Tandis que les deux précédents rounds avaient réussi à baisser les taux d’intérêts d’environ 1.65% tout en récupérant 2 millions d’emplois, les économistes lucides et le bureau du Congrès parviennent désormais à la même conclusion. De nouvelles baisses de taux quantitatives décrétées aujourd’hui n’auraient quasiment plus d’effets car les priorités se sont déplacées. Non que les créations d’emplois ne constituent plus la préoccupation des autorités US. Il sera cependant impossible d’améliorer les fondamentaux américains tant que plane la menace du « fiscal cliff », à savoir le cocktail implosif d’augmentation d’impôts et de réduction des dépenses publiques censées démarrer dès Janvier prochain. C’est donc la récession qui attend inéluctablement les Etats-Unis suite à ce « fiscal cliff », ce, avec ou sans nouvelles injections de liquidités. Romney élu avec son colistier Ryan, chantre de l’orthodoxie budgétaire, ne reviendront certainement pas sur ces mesures d’assainissement. Obama réélu serait incapable de les remettre en question faute de majorité parlementaire.
D’où l’indécision et l’hésitation de Bernanke qui se rend compte de l’inutilité de gaspiller les dernières cartouches de sa banque centrale dans une conjoncture où leur impact sera minimal, au vu du cataclysme à venir qui ne manquera pas d’être induit par l’imbroglio budgétaire. Conscient néanmoins d’avoir raté une occasion unique de stabiliser une croissance naissante au premier trimestre 2012, sa seule parade pour donner le change aujourd’hui consiste à se fendre de déclarations selon lesquelles il serait « prêt à intervenir ». Le personnage ne nous avait pourtant pas habitué à ces hésitations, à moins que sa volonté délibérée soit de ne pas dynamiser la croissance économique de son pays afin de ne pas mettre en péril la stabilité des prix. Auquel cas il a raison de ne pas inaugurer un troisième programme d’achats obligataires. Pour autant, si le souci de la Réserve Fédérale est bien de sauvegarder l’emploi et de préserver l’activité économique, l’inflation ne devrait nullement être sa préoccupation du moment.
Ben Bernanke sait pourtant qu’il ne peut attendre de la part des politiques de Washington la mise en place de réformes structurelles – forcément coûteuses -, pas plus que des mesures qui autoriseront la relance de la consommation, épine dorsale de l’économie US. Voilà pourquoi lui et son établissement doivent tenir – et agir – avec davantage de baisses de taux quantitatives : pour la croissance, pour l’emploi. Tant pis pour les politiques. Et tant pis pour l’inflation, qui est un si petit prix à payer pour la croissance.
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Bonjour Monsieur Santi.
Les espoirs boursiers seront donc déçus, sans doute, d’autant que la BCE, de son côté devra composer avec Monsieur Schaüble.
http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Economie/Zone-euro-Schaeuble-met-en-garde-contre-de-mauvaises-attentes-vis-a-vis-de-la-BCE-_NG_-2012-09-03-849158
Bonjour.
Les « espoirs boursiers » comme vous dites ou plutôt les flambées boursières sont construites sur du vent et sur de la pure spéculation.
Très probablement frustrés parce que Bernanke n’inectera pas plus de liquidités, les marchés corrigeront … mais les marchés sont-ils la vraie vie?
Sont-ils seulement la vraie économie??
Si « les flambées boursières sont construites sur du vent et sur de la pure spéculation », la finance de l’ombre (shadow financial system) ne semble pas plus inquiéter que ça, et pourtant il y a de quoi attraper des sueurs froides. Le Produit National Brut planétaire avoisine 50’000 milliards de USD. Et 800’000 milliards USD de produits dérivés circuleraient dans le monde par le truchement du »shadow financial system », dont 16’000 milliards aux USA.
quels sont les fondamentaux justifiant un Dow Jones au plus haut depuis plus de 3 ans et un NASDAQ au plus haut depuis 10 ans? Aucun, si ce n’est que cette finance de l’ombre poursuit – et se complaît – dans sa fuite en avant.
Il est dit que M.Romney voudrait la tête de M.Bernanke. De plus, la crise a usé déjà 2 présidents de la BCE ; M. Bernanke voudrait peut être un peu de repos . En politique, rien n’est écrit ; par contre en économie, quand on creuse un gros trou et que personne ne voit comment le combler, ce n’est pas bon signe. La nouveauté, en effet, c’est qu’on n’a plus d’idées, car l’argent créé n’irrigue pas l’économie et les contrats boursiers se dénouent petit à petit … La finance moderne ne fait pas son travail, mais les gouvernements n’ont plus.
@Toledo: « La finance moderne ne fait pas son travail, mais les gouvernements n’ont plus ». En tout état de cause, à y observer certains travers, ils semblent néanmoins vouloir partager leur compte à l’instar par exemple, des « social impact bonds ». Comment le marché gris sort ses atouts ? A vous de juger. (Commercialisation et privatisation des compétences de l’Etat )
http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=3488
Nota bene: (Ceci dit, je vous rejoins et me délecte toujours de vos interventions)