Espagne : La chute
Un site internet vient de re publier une de mes analyses – prophétiques! – datant du 8 Juin 2010: Qu’en pensez-vous?
Les mesures volontaristes d’assainissement budgétaire que voudra bien adopter l’Espagne n’y changeront rien. Ce pays, qui prend l’eau de toutes parts, connaîtra très prochainement le même sort que la Grèce en l’absence du mot magique : la croissance ! Qu’on le veuille ou pas, il ne sert à rien de nier la réalité : en l’absence d’une immense et inconditionnelle solidarité Européenne (qui ne se matérialisera évidemment pas), l’Espagne – pour espérer se sauver – devra opérer une dévaluation interne de l’ordre de 20% ou quitter la Zone Euro ! Et ce n’est pas les Allemands (de moins en moins enclins à payer encore et toujours plus pour le Club-Med) qui nient cette réalité car ils se préparent à retourner – au moins provisoirement – au deutschemark si l’Espagne n’adopte pas très rapidement une de ces deux voies !
Effectivement, les faits sont limpides et d’une simplicité mathématique : l’Euro pliera puis rompra comme une branche d’arbre sèche si l’Espagne ne se met pas de suite sur cette « via dolorosa » et peu importe après tout si la démission de M. Zapatero – qui ne sera pas en mesure de passer son budget 2011 – en sera une des conséquences prévisibles. En réalité et en l’absence de toute possibilité de dévaluation de sa devise qui lui aurait permis de gagner en compétitivité, l’Espagne n’a pas tant besoin d’un changement de Gouvernement que d’un consensus large et de toutes les parties et des classes sociales en faveur d’une dévaluation intérieure substantielle. Pour autant, le Gouvernement actuel sera très certainement la victime expiatoire d’une austérité radicale qui consistera principalement en réajustements à la baisse des salaires et en une rigueur budgétaire se traduisant en économies généralisées des dépenses de l’Etat… autant de décisions qui marqueront une baisse sensible du niveau de vie des citoyens Espagnols mais qui restent un passage obligé si ce pays souhaite s’éviter les foudres du marché « à la grecque »…
Quoi qu’il en soit, nul responsable politique ou économique ne sera en mesure de soulager (et de rectifier) un marché du travail dysfonctionnel, une compétitivité pour le moins entamée, un secteur privé surendetté vis-à-vis de l’étranger, une méga bulle immobilière, un déficit budgétaire effroyable et – last but not least – un secteur bancaire hyperfragilisé sans larges adhésion et soutien populaires… De fait, l’ascension vertigineuse du marché immobilier Espagnol fut un cadeau empoisonné à toute une série d’intervenants – ménages et entreprises – dont l’endettement (combiné à l’endettement public) atteint aujourd’hui 265% du P.I.B. Espagnol ! Toutefois, dans son malheur, l’Espagne se caractérise par un endettement public relativement faible (comparé à celui de la Grèce ou de l’Italie) contrebalancé il est vrai par un endettement record de son secteur privé qui se monte ainsi à 210% de son P.I.B.. Pour mémoire, un pays comme les Etats-Unis se retrouve également avec un secteur privé excessivement endetté puisque ce chiffre y atteint 300% de leur P.I.B…
Pour autant et à un moment clé dans l’histoire financière mondiale où les marchés scrutent les endettements souverains avec la plus grande attention, l’Etat Espagnol ne peut soulager son secteur privé sans être automatiquement condamné à payer des taux d’intérêts dissuasifs par des marchés au très faible niveau de tolérance. Effectivement, pour avoir construit partout où elle le pouvait grâce à des influx massifs de capitaux et à la faveur d’une immigration de 5 millions de personnes en 10 ans, l’Espagne dépend entièrement de l’extérieur puisque son ardoise globale envers l’étranger représente … 90% de son P.I.B. ! Hormis le fait que l’Espagne ne sera pas en mesure de se rétablir par une exportation qui nécessiterait une monnaie – mais aussi une économie – compétitives, le tour de force sera d’y ramener une croissance avec moins de crédit. En effet, bien que l’usage du crédit soit un instrument décisif de propagation de la croissance dans toute économie intégrée, l’inévitable « deleveraging » consistant à passer par Pertes & Profits une part importante des dettes que doit impérativement subir l’économie Espagnole se traduira à l’évidence par une contraction du secteur des crédits. Il y donc fort à craindre que cette spirale de l’endettement et des créances pourries qui ne seront vraisemblablement jamais remboursées combinée à un niveau de chômage particulièrement élevé et à des exportations à la traîne contribueront à une contraction supplémentaire de l’économie de ce pays.
En résumé, l’Espagne court au-devant d’une ruine annoncée et, à moins d’un miracle sur le front de la croissance globale, devrait revivre à très court terme un traumatisme comparable à l’Argentine…
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Bonjour.
Effectivement nous y sommes.
Ce matin aux nouvelles: l’espagnol Rajoy toujours pas décidé s’il devai faire appel aux fonds européens…
Un excellent papier M. Santi et merci encore pour le partage.
La Catalogne est tombée, l’Andalousie a suivi. L’Espagne semble effet entamer son chant du Cygne sous les curées « des mercenaires de Bruxelles ». Les politiques n’ont toujours pas élaboré un véritable plan de sortie et quelques espagnols voient déjà dans le « Bank run » une échappatoire à leur petit pactole. Rien qu’en juillet 2012, signe d’une confiance étiolée, des avoirs équivalant à ~ 7% du produit intérieur brut ont connu l’exode. La péninsule Ibérique se joue-t-elle d’une mort annoncée ou chercherait-elle à créer sa propre filmographie : « Il faut sauver le soldat Raroy » ? Dans les mois à venir, pour ma part, j’estime que l’Espagne pourrait bien faire l’affiche avec « la grande dépression » .
Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Est-ce le moment d’investir en Europe ? Parole est donnée aux « vulture funds ».
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=G_Z8R1tf4pY#!
Le mois de septembre 2012 sera, à mon avis, tout à fais déterminant et pour l’avenir de l’Europe et pour les perspectives financières et de croissance mondiales.
Bein que je pense que la maîtrise de la monnaie n’est que l’arbres qui cache la forêt, la faiblesse des taux d’emprunt du Rauyame Uni va dans le sens d’une monnaie nationale ; en effet, le Roy
NB : La Catalogne pense qu’être indépendante totalement lui permettra de s’en sortir (avec 20% du PIB espagnol, elle contribue en partie aux budgets des région les plus pauvres).
http://www.come4news.com/le-pacto-fiscal-brouille-catalogne-et-espagne-261370
Le Royaume Uni empruntait à 1,5% (avant la magie Draghi) :
http://www.agefi.fr/%28S%28mnsfru55q5izpuva0rj3zjrs%29%29/articles/le-rendement-du-gilt-contraste-avec-l-incertitude-economique-du-royaume-uni-1233514.html
Malgré une situation bien pire à l’Espagne. Soit c’est l’avantage d’avoir une monnaie nationale, soit c’est l’avantage d’être une grande place financière internationale, soit enfin c’est l’avantage d’être anglo-saxon (ou tout à la fois). Je reste sur l’idée que l’UK est trop perso pour être dans l’Europe et en est un des principale facteur centrifuge.
Nous croyons être trop riches pour ne pas nous mettre en accord ensemble . Il aurait été plus simple de se mettre sous la tutelle du FMI, comme cela nos politiciens , y compris européens, auraient pu dire : l’austérité, c’est eux. C’est pas démocratique (alors que je suis 100% pour), mais si on met au pinacle la Chine, autant en adopter les méthodes autoritaires. Après quelques années d’enfer, l’Europe ira démocratiquement dans le même sens.