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La Suisse : manipulatrice ou autiste?

18-10-2012

Comment distinguer, sans risque d’erreur, une nation qui manipule sa monnaie ? Tout simplement en analysant la masse de ses réserves monétaires libellées en devises étrangères par rapport à son P.I.B..

Un peu de théorie : un excédent de la balance des paiements d’un pays est la résultante d’une exportation nette de capitaux. Sachant qu’une nation peut se retrouver exportatrice de capitaux si son secteur privé investit massivement à l’étranger, ou dès lors que ces flux sortants de liquidités sont le fait – volontaire – de son secteur public.

Un peu de pratique : l’action du secteur public d’un pays qui consiste à investir à l’étranger, à travers le bras armé d’une banque centrale qui accumule des réserves en monnaies étrangères, porte un nom : la manipulation monétaire. Mais ne nous lançons pas dans de telles accusations à la légère car deux approches permettent de qualifier un pays de « manipulateur ». Le stock des réserves en monnaies étrangères ramené au P.I.B. du pays soupçonné et, par ailleurs, le degré de fluctuation – à la hausse ou à la baisse – de ces mêmes réserves, toujours par rapport au même P.I.B..

Dès lors, comment ne pas tomber des nues en comparant les réserves en monnaies étrangères (à juin 2012) de la Chine qui sont à 40% de son P.I.B. et de la Suisse, qui sont à…70% son P.I.B. ! L’évolution de ces interventions monétaires ne plaide pas davantage en faveur de la Suisse qui, sur une période de 3 ans, a fait progresser de 63% ses réserves en devises étrangères, pendant que la Chine, elle, investissait seulement 15% de plus en monnaies étrangères. La Confédération Helvétique est donc coupable des deux chefs d’accusation, même si la masse et la totalité des interventions chinoises est à l’évidence, en valeur absolue, plus importante que le solde des interventions suisses. Voire…

En effet, tandis que la taille de l’économie chinoise est 12 fois celle de la Suisse, les réserves chinoises sont, avec 2630 milliards d’euros, à peine 7 fois plus importantes que celles de la Suisse, qui en a 340 milliards. Mais ceci n’est pas encore tout car, mises à l’échelle du continent européen, ces sommes sont absolument déterminantes. En effet, alors que la grande majorité des réserves monétaires chinoises sont libellées en dollars (la Banque de Chine ne détient que 20 à 25% d’euros), les réserves de la Banque Nationale Suisse sont évidemment quasi intégralement en monnaie unique. C’est ainsi que la Banque Nationale Suisse a acquis ces 3 dernières années pour 170 milliards d’euros qui, s’ils devaient être revendus (par exemple contre le dollar US) par une Banque centrale européenne soucieuse de ne pas trop voir s’apprécier sa monnaie, auraient provoqué une vraie guerre des monnaies à l’échelle mondiale !

Comment la Suisse peut-elle persévérer sur cette voie totalement illégitime, elle qui jouit d’un excédent de sa balance des paiements équivalent à 12% de son P.I.B., quand celui de la Chine n’est que de 3% ? Le maintien sous pression du franc suisse peut d’autant moins se réaliser à de tels coûts pour ses partenaires européens que le cours de l’euro par rapport au franc suisse est fondamental dans le cadre des relations commerciales bilatérales. Les exportations européennes en direction de la Suisse se montent effectivement à 90 milliards d’euros par an, chiffre similaire à celui du total des exportations de l’Union vers la Chine ! Sachant que l’excédent de la balance des paiements helvétiques est lui-même fort significatif puisqu’il équivaut à 1% du P.I.B. de l’ensemble de l’Union. Ce chiffre étant également celui des déficits publics combinés de la France et de l’Italie! Alors : combien de temps encore la Suisse continuera-t-elle de jouer avec le feu ? Elle qui, par ces agissements et par ces manipulations, freine cons idérablement les ajustements intra-européens ? C’est-à-dire les indispensables diminutions des excédents de certains pays qui viendront résorber les déficits européens périphériques.

Autiste la Suisse, ou manipulatrice? Un peu des deux pobablement…

relire :

La Suisse, Chine de l’Europe ? http://www.gestionsuisse.com/2012/la-suisse-chine-de-leurope/

Suisse : le mieux est toujours l’ennemi du bien ! http://www.gestionsuisse.com/2012/suisse-le-mieux-est-toujours-lennemi-du-bien/

 
8 commentaires
  1. Raymond

    Si je ne m’abuse, les helvètes (contribuables) ne sont pas à l’abri quant à devoir payer un jour le prix – en monnaies sonnantes et trébuchantes –de la politique du sous-marin menée par la BNS.

  2. Juvet

    Interessant ….Mais trop simple … Cela montre surtout que la Suisse est nécessaire à l Europe ! 8 millions de petits suisses qui consomment des produits europeens comme 1 milliard de chinois …et une BNS qui finance la France alors que cette dernière est incapable depuis des années d avoir un excédent budgétaire primaire
    Par ailleurs Regardez le détail de la balance commerciale suisse avec l Allemagne ! Elle est déficitaire !!
    Et justement qui profite d un euro faible alors qu elle a des excédents commerciaux énormes ? L Allemagne ..

  3. Steve

    Bonsoir M. Santi

    la Banque Centrale d’Israël est à 61% du PIB en réserves étrangères , mainly dollars of course ( cf: Business insider)

    Suisse, Israël, Chine: même combat!

  4. pas tout à fait quand même… le Shekel n’est pas manipulé, que je sache?

  5. ced

    Donc, le CHF ne peut donc à terme que s’apprécier face à l’euro, non?

  6. Alfonse

    J’ai de la peine à comprendre le raisonnement, qu’entendez-vous par excédent de la balance des paiements de 12%? S’agit-il de la balance des transactions courantes, sachant que la balance des paiements est forcément à l’équilibre (système de comptabilité double). Il ne s’agit pas d’une question rhétorique, mais c’est pour mieux saisir à quel balance il faut se référer. Merci

  7. en anglais, « current account », donc balance des paiements selon moi – sachant que je raisonne en anglais pour ces termes

  8. Marco

    J’ai l’mpression que par cet article l’on essaye de prouver une théorie en dépits des faits.

    1 – « Un peu de théorie: un excédent de la balance des paiements d’un pays est la résultante d’une exportation nette de capitaux. »

    Je croyais que’un un excédent de la balance des paiements a lieu lorsqu’il y a davantage de capitaux entrants. Je me trompe peut-être.

    2 – Pourquoi l’achat massif, de plus concerté avec la BCE, de monnaie étrangère serait-il illégitime ? La BNS a ouvertement déclaré que le franc était trop cher par rapport à l’euro et qu’il fallait donc racheter celui-ci en quantité afin de fixer le taux à 1.20CHF – ce pour quoi que le banque centrales sont autorisées voire même mandatées.

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