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L’Union européenne sera une union de partage ou ne sera pas

23-10-2012

Ne nous attendons pas à un reflux des déboires européens tant que la croissance du continent sera anémique. C’est-à-dire tant que les recettes fiscales des Etats ne pourront s’améliorer. Autrement dit, au vu de la lourdeur fiscale que doivent aujourd’hui supporter les peuples d’Europe, leur seule possibilité – arithmétique – d’améliorer leur train de vie, comme celui de leurs Etats, consiste en un accroissement de l’activité économique. Pour autant, l’amplitude de cette croissance ne constituera pas le seul et unique fondement de ce redressement européen. La qualité de cette reprise – plus précisément la manière dont elle se matérialisera – sera en effet décisive dans la pérennisation de la prospérité européenne. A cet égard, cette exigence qualitative passe nécessairement par une Europe fédérale. La monnaie unique n’étant effectivement qu’une étape sur une voie pavée de budget unique, de dette partagée, de retraites et de prestations sociales homogénéisées. Seule une telle mise en commun, sans équivoque et sans arrière pensée, autorisera cette sortie du tunnel. Et permettra de conclure à la fin de cette crise qui n’aura été, avec le recul, qu’une crise d’adolescence.

 

Car, en effet, que les dirigeants européens actuels ne s’y trompent surtout pas : il ne sera plus possible de revenir à la situation préalable à 2009 où les pays du Nord inondaient de capitaux le Sud, lequel finançait la prospérité des premiers à force de déficits et de bulles spéculatives. Tous les excès devant bien un jour ou l’autre être repayés, le Nord ne pourra rejouer cette partie où il bénéficiait outrancièrement de la prospérité du Sud, avant de s’en laver les mains et de s’en retirer à la moindre tourmente. N’est-ce pourtant pas ce qu’il a fait une première fois, abandonnant à son sort un immense pays comme l’Espagne dont la dette extérieure (du gouvernement, des banques et des ménages) est estimée à 950 milliards d’euros ? Que le Nord ne se fasse aujourd’hui nulle illusion car la crise ne s’estompera qu’à partir du moment où cette montagne de dettes aura été européanisée, c’est-à-dire mise en commun. La seule et unique manière de la réduire en effet étant de la diluer ou de la restructurer, c’est-à-dire à en éponger une partie… Les allemands parviendront-ils à s’opposer encore longtemps à cette inéluctable union de transferts, seule et unique porte de sortie de cette tourmente qui risque à tout moment de faire imploser la construction européenne ?

 

Car force est de constater que la stratégie actuelle de restrictions budgétaires et d’austérité généralisée au sein de l’Europe périphérique est contre-productive. Les dettes grecques ont-elles vraiment diminué en dépit des sacrifices gigantesques des citoyens de ce pays ? Bien au contraire en réalité, puisque l’investissement privé évite soigneusement ces contrées troublées et ruinées par une absence totale d’activité économique. La seule option pour la survie de l’Europe consiste donc en une mutualisation qui amorcera un effet de balancier. Que les politiques publiques des pays nordiques incitent donc leurs citoyens à consommer des biens, produits et services fournis par le Sud, afin que les excédents de ce Nord riche puissent au moins partiellement éponger les déficits du Sud. Que ce processus se fasse dans la sérénité et dans la durée, afin que – à un certain stade – plus rien ou quasiment ne différencie les économies du Nord et du Sud. Si ce n’est des particularismes liés aux traditions et aux identités propres à chaque nation, ou à chaque région. Au moins dans leur propre intérêt, que les allemands acceptent enfin l’idée que leurs excédents massifs ne sont pas éternels, et qu’ils devront être partagés.

 
11 commentaires
  1. Raymond

    Après avoir quasiment épuisé toutes ses cartouches, il me semble que l’Allemagne devrait considérer la théorie développée par l’économiste français Jacques Delpla et l’allemand Jakob Von Weizsäcker, à sa juste valeur. Le principe de la « dette bleu – dette rouge » étant de séparer la dette de chaque pays entre une dette bleue (mutualisée) et une dette rouge (toujours émise sur le marché nationale). La rigidité presque pathologique dont abuse « le bon élève » ne dissimulerait-elle pas une intention sous-jacente, et peu avouable auprès de ses pairs (ou disciples, au choix). Et si finalement ce n’était pas le dernier de classe à claquer la porte…mais le premier afin de sauver ses cahiers du feu ?

  2. Le premier de la classe – tout premier fût-il – sera propulsé à un stade pire encore que lors de la réunification s’il quittait la classe…

  3. Raymond

    si vous le dîtes…mais en attendant il procède à l’inventaire de « ses crayons » et ce « cygne » ne m’augure rien qui vaille.

  4. Raymond

    1987 – 1991 – 1994 – 1997 – 1998 – 2000 – 2007 (2008) – 2009 – 2012. Aristote eu pourtant dit : « Nous ne connaissons pas le vrai si nous ignorons les causes ». Confucius aurait put lui répondre : « Je n’invente rien, je transmets ». Dommage que « les porteurs de chasubles » et leur spin-doctor n’aient retenu aucunes leçons, ni même prit la peine de les analyser.

    (Je viens de recevoir votre ouvrage ce matin….après quelques lignes seulement… wahooo…ça décape déjà)

  5. Merci pour votre blog et pour les sujets très intéressant que vous développez.
    A mon sens, et je ne suis pas le seul à le penser, l’Europe ne sera jamais une union de partage. Elle ne sera donc pas. La raison est qu’il ne peut pas y avoir une Autre Europe que celle-ci et cela est expliqué là : https://uprjura.wordpress.com/2012/06/17/il-faut-changer-leurope/ et là : https://uprjura.wordpress.com/2012/06/20/pourquoi-ne-peut-il-pas-y-avoir-une-autre-europe/
    Pareillement, je ne crois pas à la crise d’adolescence d’une Europe fédérale. Comment peut-on argumenter qu’une Europe sociale doive nécessairement passer par une confiscation de la démocratie ?
    Les monnaies supra-nationales ont toujours fini par exploser, c’est une des leçons que l’Histoire nous enseigne. Et l’euro ne fera pas exception à la règle, ce n’est qu’une question de temps.
    Cordialement

  6. « Comment peut-on argumenter qu’une Europe sociale doive nécessairement passer par une confiscation de la démocratie ? »
    L’ultra libéralisme ne peut prospérer que sur le cadavre de la démocratie…

  7. sylvain

    En fait je dirais que l’ultralibéralisme ne prospère pas il tente éperdument de ne pas sombrer.

    après les années 80 il a eu recours à l’endettement et le mondialisation pour garder des marges de profits suffisant, maintenant que l’endettement des états ne fonctionnent plus il s’attaque aux coût du travail pour tenter de restaurer un taux de profit qui ne fait que s’éroder, par là il affecte encore la demande solvable, donc son profit.

    Les retraites par capitalisations ont artificiellement boustées les investissements, mais comme tout investissement elles demandent un retours sur ceux-ci.

    On ne peux donc plus servir la rente.

    Dans les prochaines étapes il va donc essayer d’augmenter le temps de travail, et de « libéraliser » les secteurs gérés par l’état dernier horizon possible de profit possible.

    La baisse tendanciel du taux de profit est une réalité qui pègue au doigt (charnu ?) du capitalisme.

    Mais la masse de capitaux qui demande des rendements est monstrueuse, elle ne pourras pas être servies. Donc en chemin il va il y avoir explosion du système. Et malheureusement il va nous falloir en passer par là pour enterrer le néo-libéralisme, vu l’ampleur de son emprise sur les instances dirigeantes seul un désaveux extrêmement douloureux pourra engager le pas sur la route de la purge.

    L’Euro dans tout cela n’est qu’un outil, un vecteur, au fond il importe peu, la France seule ne pourra pas allez contre le mur de l’argent, elle n’en a pas la taille critique.

  8. Raymond

    Une suspension proclamée de la démocratie n’aurait pas manqué de provoquer une révolution. C’est pourquoi il fut déjà décidé de maintenir une démocratie de façade en déplaçant le pouvoir réel vers de nouveaux centres. Les citoyens continuent à voter, mais leur vote a été vidé de tout contenu. Ils votent pour des responsables qui n’ont plus de pouvoir réel. Cette caste du pouvoir économique (les porteurs de chasubles) sont quasiment tous issus du même monde, des mêmes milieux sociaux. Ils se connaissent, se rencontrent, partagent les mêmes visions et les mêmes intérêts. Ils partagent donc tout naturellement la même vision de « leur monde idéal ». Une doctrine portée à bout de bras comme étant le saint Graal : l’ultra libéralisme.

    Affaiblissement des états et du pouvoir politique. Déréglementation. Privatisation des services publics. Désengagement total des états de l’économie, y compris des secteurs de l’éducation, de la recherche, et à terme de la police et de l’armée, destinés à devenir des secteurs exploitables par des entreprises privées. Endettement des états au moyen de la corruption, des travaux publics inutiles, des subventions données aux entreprises sans contrepartie, ou des dépenses militaires. Lorsqu’une montagne de dettes a été accumulée, les gouvernements sont contraints aux privatisations et au démantèlement des services publics. Plus un gouvernement est sous le contrôle des chantres de l’ultra libéralisme et plus il fait augmenter la dette de son pays. Précarisation des emplois et maintien d’un niveau de chômage élevé, entretenu grâce aux délocalisations et à la mondialisation du marché du travail. Ceci accroît la pression économique sur les salariés, qui sont alors prêts à accepter n’importe quel salaire ou conditions de travail. Réduction des aides sociales, pour accroître la motivation du chômeur à accepter n’importe quel travail à n’importe quel salaire. Des aides sociales trop élevées empêchent le chômage de faire pression efficacement sur le marché du travail. Empêcher la montée des revendications salariales dans le Tiers-Monde, en y maintenant des régimes totalitaires ou corrompus. Si les travailleurs du Tiers Monde étaient mieux rémunérés, cela briserait le principe même des délocalisations et du levier qu’elles exercent sur le marché du travail et la société en occident.

    Un discours conspirationniste crieront certains, une énième « théorie du complot » scanderont d’autres….il n’empêche que les signes – bien qu’avant coureurs depuis des décennies – renvoyés par les différents pouvoirs (économique – financier – politique […] judiciaire) depuis 2007, sont autant d’interrogations que nous devrions analyser plus consciemment afin de reprendre – un temps soit peu – la crédulité que nous leur avons délivrée sans aucun gage.

  9. tal

    Désormais, les pays du nord de l’Europe sont qualifiés « riches » et pourtant il y a un paradoxe, en termes de patrimoine ce n’est pas le cas :

    « Au total, les Français sont encore plus riches que les Italiens, avec environ 135 000 euros par tête en 2011. De quoi faire rêver les Allemands : le patrimoine net des particuliers et de l’Etat y est de 320 % du PIB, très proche du ratio finnois, mais avec un PIB par habitant plus faible, cela ne représente que 100 000 euros par tête. »

    http://s182403251.onlinehome.fr/spip.php?article886

    Je ne suis pas convaincu que les pays du Nord soient disposés à se serrer la ceinture pour des pays plus riches qu’eux en patrimoine.

  10. « l’ultralibéralisme ne prospère pas il tente éperdument de ne pas sombrer » : certes…il pourrait néanmoins nous entraîner dans sa chute

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