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Recherche inflation désepérément

21-09-2012

Que reste-t-il à un banquier central lorsque ses taux d’intérêts sont à zéro et que plus ou moins toutes ses cartouches sont épuisées ? Faire des promesses. Et assurer que les taux seront maintenus à ce niveau jusqu’au rétablissement de l’emploi – et même légèrement au-delà de cette période, avec le risque assumé de voir les prix augmenter. Un banquier central peut certes dès lors perdre en crédibilité, se retrouvant de facto en porte à faux par rapport à sa mission principale de « stabilité des prix ». Pas nécessairement toutefois si, pour reprendre l’idée originale de Paul Krugman, cet engagement de se montrer irresponsable est perçu…de manière crédible.

Voilà pourquoi la stratégie de Ben Bernanke – qui vient d’assurer injecter dans l’économie des liquidités de manière « illimitée » à travers des achats d’obligations d’Etat – peut se révéler payante car consommateurs et analystes ne songeront pas à remettre en question la puissance de feu de la Réserve Fédérale américaine. Pour autant, Bernanke engage là son entière crédibilité car nul ne le croira plus s’il manque à sa promesse d’activer la planche à billets fédérale jusqu’au rétablissement économique. Sa compétence et son image prendront également un coup si ses injections de liquidités massives ne rétablissent pas l’emploi et la croissance. Bill Gross, gérant du méga fonds obligataire Pimco, estime pour sa part que la Réserve fédérale ne cessera ce programme des  » QE 3  » que si le chômage américain repasse en-dessous de 6%.

Il n’en demeure pas moins que le dernier engagement en date de Bernanke et consorts dope les marchés et entretient un optimisme quelque peu irrationnel, car nul ne lui prête la volonté de rompre cette promesse. D’où, précisément, la confiance quasi généralisée en cette position un peu folle de la Fed consistant à acheter des obligations en quantités « illimitées »… L’objectif ultime étant la fameuse « reflation » de l’économie, qui ne se matérialisera que si les investisseurs abandonnent les marchés obligataires au profit des bourses.

Néanmoins, la marge de manœuvre de la Réserve Fédérale est de plus en plus limitée et, ce, en présence de trois poids morts qui neutralisent son volontarisme et son dynamisme. Ses taux d’intérêts, à ou proches du zéro absolu, sont à leur plus bas niveau depuis plus de 30 ans. Sa masse monétaire se développe à un rythme effréné depuis plusieurs années. Et les déficits fédéraux dépassent le trillion de dollars. Elle doit donc jouer des coudes afin d’optimiser sa création de monnaie supplémentaire – voire « illimitée » – dans un contexte où elle a décidément bien du mal à créer de l’inflation. Car seule la résurgence des menaces inflationnistes permettra un redémarrage en beauté du moteur économique américain. Rien n’y fait pourtant car, en dépit d’une certaine volatilité sur les prix énergétiques et des denrées alimentaires, l’inflation reste très contenue, voire insignifiante.

Toute la création monétaire US depuis les années 2008 à ce jour sont donc restées inefficaces pour insuffler une inflation digne de ce nom, c’est-à-dire un taux compris entre 3 et 4%. En fait, tout l’argent du monde ne contribuera pas à augmenter les prix tant que les consommateurs ne sont pas disposés à le dépenser ! Apaisement du lourd climat politique aux Etats-Unis, foi en la poursuite du projet européen, assainissement des bilans des banques qui recommenceront à prêter, régularité de la locomotive chinoise, redressement du pouvoir d’achat des consommateurs dont beaucoup en sont réduits à rembourser leurs dettes, appréciation du marché immobilier qui reste une clé incontournable de financements à prix modique. Autant de préalables incontournables qui motiveront le consommateur à se lancer dans de nouveaux projets, mais qui nécessitent la stabilisation de l’économie.

En d’autres termes, les banquiers centraux ont certes raison de créer encore de l’argent. Encore faudrait-il que tout cet argent circule. Pour ce faire, encore faudrait-il qu’il atteigne les poches du citoyen!

 
10 commentaires
  1. zelectron

    peut-être qu’avant d’aller dans les poches des citoyens on pourrait envisager une étape par les PMI manufacturières et autres agri-agroalimentaires potentiellement exportatrices

  2. Toledo

    En déflation réelle, nous nous appauvrissons. Les Banques Centrales jouent actuellement un jeu de poker peu probant : l’effet sauveur perd de sa crédibilité. L’inflation est un résultat d’une économie qui redémarre, pas une solution. L’inflation, c’est comme la guerre, on sait quand cela commence …
    Ceux qui sont pour l’inflation se souviennent des taux d’intérêts réels négatifs, notamment pour les investissements, mais cela n’était pas du à l’inflation en tant que tel.
    Le problème, c’est le modèle de société et chaque nation doit trouvé la sienne : tout le monde ne peut pas être la Suisse ou l’Allemagne. Et encore, c’est seulement des modèles actuels ; historiquement, ces pays ont été, tour à tour, dans de très mauvaises positions économiques. La Suisse est une petite île. L’Allemagne a la chance d’avoir eu du mal à digérer la réunification dans une période d’apparente prospérité en Europe et, donc, d’avoir pu prendre des dispositions quand tout allait bien aux alentours (et cela a couté cher aux pays européens).
    A mon sens, nous nous sommes trop focalisés, dans nos pays développés, sur l’industrie financière (l’argent rapportant de l’argent), industrie peu légiférée, ayant très bien utilisé la mondialisation et les outils télématiques pour s’affranchir des nations. Il est clair que cela a été une solution facile (un mirage) à la faible efficience économique de nos sociétés et, par là même, le maquillage de l’augmentation de sa dette « sociale » (soit la prise en charge financière par l’Etat d’une partie de la population et d’une partie des prestations de l’ensemble de la population).
    Cependant, un jour, il faut toujours payé. surtout que la confiance aveugle des pays anciennement moins avancés, pour financer nos propres dettes, est maintenant fortement érodée : mieux vaut, pour eux, financer leur propres développement.
    Qu’avons nous appris ces 30 dernières années pour prendre maintenant enfin le bon chemin ?

  3. Sicair

    « Fed to buy mortgages ’til the cows come home. Think 7% unemployment, 2,5% inflation targets. Buy real assets…gold…a house! »

    Twitt de Bill Gross le 14 septembre 2012

  4. Raymond

    1…2…3…on oublie 2007 et ses prémisses, puis on recommence (la finance comportementale me surprendra toujours). Le pari déposé sur le rodéo des Junk bonds « mortgage backed securities » va déjà, semble-t-il, faire le bonheur de Pacific Investment Management Company (PIMCO), DoubleLine Capital et TCW. Nul besoin de rappeler que les outsiders que son Fannie Mae/Freddie seront probablement classés off course (« une fâcheuse histoire de rendement »).

  5. Raymond

    En parlant de recherche….quelqu’un sait-il si les fameux 9,7 trillions de USD « égarés » par la FED – mis en avant lors d’une audition le 5 mai 2009 – ont été retrouvé ?

    http://www.dailymotion.com/video/xiheof_9000-milliards-9-7-trillions-de-dollars-us-egares-par-la-reserve-federale-fed_news

  6. Toledo

    Une question, qui n’a rien à voir, concernant le MES. Du moment que la BCE a un pouvoir monétaire illimité (sûrement plus fort que la FED, la BNS, la banque d’Angleterre ou du Japon, car non soumise à la tutelle administrative directe d’un état élu), cela veut donc dire que les États de la zone Euro peuvent emprunté de manière illimité (sous condition à voir avec la BCE). Ceci, pour toute raison y compris pour fiancer une entreprise en perdition, comme une banque (au hasard). Donc, quelle est encore l’utilité du MES ? Emprunté sur plus que 3 ans (limite de rachat des OAT de seconde mains de la BCE) ?

  7. Il n’a jamais été question que les Etats puissent emprunter auprès de la BCE de manière illimitée…

  8. Raymond

    S’il est correct d’affirmer que les Etats se financent sur le marché financier et non – en l’occurrence – auprès de la banque centrale européenne (BCE), il n’en demeure pas moins qu’avec le précédent Securities Market Programme et l’actuel Outright Monetary Transaction (aucune limite quantitative n’ayant par ailleurs été fixée) ; ces derniers peuvent allégrement s’apparenter (par le rachat d’obligations publiques inscrites au bilan des entités privées) à un financement déguisé des Etats. Dire que la BCE ne finance pas la dette des Etats, équivaut à mon sens, à rejeter le constat qu’après son 3ème quantitatives easing, la Réserve Fédérale Américaine (rachat d’obligations synthétiques daubées = mortgage-backed securities pour 40 milliards de $/mois portant ainsi le total des rachats – y compris les obligations d’Etat – à 85 milliards de $/mois) ne joue pas le rôle d’une « Bad Bank ». Rien que « l’histoire passée » et intimement liée à Fannie Mae/Freddie Mac (obligations synthétiques) devrait nous délivrer les questions utiles à se poser.

  9. nao

    Compte tenu de la situation actuelle où la croissance est arrivée à sa toute fin, je ne vois pas comment tous les QE US ou Européens pourraient nous sortir de l’ornière…sans compter le gouffre de dettes dans lequel nous sommes tombés…Il faudrait que tout le monde arrête de rêver et se mette à la table de la raison! La fête du capitalisme « invertébré » est finie!
    Hélas, je crains qu’en niant la réalité, les hauts de ce monde ne choisissent pour nous un conflit sanglant …mais aujourd’hui, on ne peut plus rigoler avec une bonne guerre à l’ancienne, aujourd’hui, on fait péter la planète à coup sûr…

  10. oui, nos responsables actuels sont effectivement champions dans le déni de réalité. Nous sommes à la fin d’un cycle mais quel autre modèle adopter?

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