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Suisse : le mieux est toujours l’ennemi du bien!

26-08-2012

La Suisse est-elle réellement devenue à l’Union Européenne ce que la Chine est pour les Etats-Unis ? De fait, elle se retrouve aujourd’hui dans une situation paradoxale. En effet, tandis que les manipulations visant à maintenir coûte que coûte le « peg » des 1.20 du « cross » euro-franc suisse autorise de tracer des parallèles incontestables avec la politique de la Chine consistant à affaiblir sa propre monnaie, le yuan. La Suisse – dont 55 à 60% des réserves en devises étrangères sont libellées en euros ! – se retrouve, par ailleurs, dans une position de dépendance accrue vis-à-vis de l’Europe, un peu comme les Etats-Unis le sont vis-à-vis de la Chine ayant amassé des stocks considérables de Treasury Bonds. Par ses acquisitions quasi frénétiques de monnaie unique européenne, la Banque nationale suisse force ainsi chaque citoyen helvétique (adulte, enfant ou vieillard) à acheter hebdomadairement la somme de 600 euros ! De fait, la BNS semble aujourd’hui le seul établissement financier au monde à…manquer de francs suisses, incidemment sa propre devise. Sachant que l’essentiel de son bilan est libellé en une monnaie qui n’est pas la sienne et sur laquelle elle n’a aucune emprise, à savoir l’euro.

 

Monnaie qui risque, soit dit en passant, l’implosion dans les mois à venir…Car ce n’est effectivement pas tant la création intensive de francs suisses qui peut être reprochée à la BNS que son absence totale de diversification. Les monétaristes comme les keynésiens s’accordent en effet pour reconnaître que seule l’augmentation de la masse monétaire est susceptible d’insuffler la reprise économique via l’inflation. Pour autant, cette accumulation d’euros au fil des mois rogne progressivement tous les jours un peu plus l’indépendance de la banque centrale suisse et, par voie de conséquence, l’ensemble du pays. Car la vraie question – et la seule digne d’être posée aujourd’hui – est le prix à payer par les citoyens suisses en cas d’aggravation de la crise européenne. La BNS perdrait en effet 34 milliards de francs – soit 5% du P.I.B. helvétique – si le cross euro-franc suisse devait s’affaisser à 1.10, le double si c’est la parité qui serait atteinte dans le cadre d’une intensification dramatique européenne pas du tout à exclure. Ainsi, la dépendance de la Suisse vis-à-vis de l’Europe est aujourd’hui telle que la seule issue pour ce pays en cas de cataclysme européen consisterait à…adhérer à l’Union, ce, dans l’objectif pour la Suisse de limiter les dégâts !

 

Cet état des lieux laisse donc un goût amer. Un peu comme si la direction de la BNS – et les autorités helvétiques d’une manière générale – s’étaient lancées dans une immense partie de poker, dont ils ne mesurent (toujours) pas toutes les conséquences. La petite Suisse est-elle en mesure de lutter contre la spéculation, contre ce marché des changes qui est le plus massif au monde et contre des investisseurs internationaux en quête de valeurs refuges ? Et cette économie suisse, ayant très largement profité de la mondialisation depuis les années 1990, peut-elle unilatéralement se refermer sur elle-même aujourd’hui ? Elle qui dispose aujourd’hui, par la grâce de ses achats d’euros, des sixièmes plus importantes réserves souveraines au monde en monnaies étrangères, soit de l’équivalent de 365 milliards de francs suisses au deuxième trimestre 2012. Réserves qui atteindront – voire qui dépasseront ! – celles de la Chine, si elle devait poursuivre ses acquisitions d’euros au rythme actuel ! La Suisse et ses 8 millions d’habitants veulent-ils vraiment détenir les réserves les plus massives au monde, avec ou devant la Chine ? La Suisse peut-elle assumer d’alimenter et d’entretenir une telle méga bulle, qui la conduirait à détenir quelque 3’000 milliards de francs suisses en devises étrangères ? Les dirigeants helvétiques se rendent-ils seulement compte des implications ? Du reste, savent-ils seulement où ils vont ?

 
7 commentaires
  1. dehais

    Bonjour,
    Je profite de votre article pour exprimer mon plus grand étonnement concernant le silence total des grands médias (rts ,… ) sur un sujet pourtant aussi important .
    Est-ce là la volonté de maintenir le peuple dans l’ignorance afin de mieux le manipuler , afin de permettre à certains de faire leurs « magouilles » en toute discrétion ?
    Merci en tout cas à vous de tirer la sonnette d’alarme .

  2. Raymond

    ‘Une histoire De La Rue’ : Peut-on vraiment affirmer que la Buba (ndlr. Bundesbank) – par anticipation d’une éventuelle sortie de l’Allemagne de l’eurozone – n’ait pas dissimulé au fond de ses poches de nouveaux Deutsche Marks ? L’euro prendrait alors un gadin face au dollar US et la BNS (donc nous-mêmes) nagera avec l’enclume aux pieds.

  3. Sachez que la Suisse – et la BNS – semblent se préparer d’ores et dejà à intégrer une mini Union qui serait dominée par l’Allemagne: une sorte d’Europe du « coeur » ou « core », bref un noyau dûr solide. Dont la France elle-même serait exclue.
    Seul souci de cette Union des Rolls européennes : elles disposeraient d’une monnaie très forte et, donc, ne constituerait pas de changement notoire pour la Suisse si ce n’est qu’elle pourura se défendre et être défendue par un ensemble autrement plus puissant!

  4. Echanger une monnaie forte (CHF) contre une monnaie faible (Euro) sans aucune compensation est un marché de dupes !
    Les entreprises suisses d’exportation et les travailleurs en font les frais.

    A défaut de mettre un place un lourd contrôle des changes avec taxes sur les transactions financières, la BNS peut encore sauver la situation.

    Si la BNS modifiait/dévaluait graduellement le taux Euro/CHF à 1.25, puis 1.26…1.27 etc ne découragerait-elle pas les investisseurs avides de sécurité gratuite en les faisant enfin passer à la caisse ? Du même coup elle réaliserait un joli bénéfice sur ses positions en devises et redonnerait un coup de pouce à nos industries d’exportation ainsi qu’à notre industrie touristique !

    Bien amicalement
    La Pernette
    http://www.pernethique.ch

  5. deux solutions à disposion de la BNS:
    instaurer des taux négatifs,
    taxer l’ensemble des transactions devises impliquant des achat de francs suisses.
    En se manifestant dans le sens de faire payer la spéculation et, d’une manière générale, ceux qui veulent détenir des francs, elle contribuera à affaiblir sa monnaie.

  6. Pour une fois, je ne partage pas entièrement votre analyse.
    La politique de la BNS ne coûte rien à la Suisse (ni aux Suisses), puisqu’elle crée des francs suisses à loisir.

    Si les investisseurs étrangers souhaitent acquérir ces francs suisses nouvellement créés, libre à eux. Lorsqu’ils souhaiteront se défaire de ces francs, et retrouver leurs euros, la BNS effectuera l’opération inverse: elle rachetera les euros et détruira les francs.

    L’importance du bilan pour une banque centrale est une notion qui divise les économistes. Beaucoup s’accordent à penser que pour une économie qui n’est pas endettée en monnaie étrangère, et qui bénéficie d’un excédent commercial et de sa balance courante, ce bilan n’a aucune importance (je me souviens notamment d’un débat entre Charles Wyplosz et un financier dans le Temps, il y a quelques semaines).

    Le problème se pose lorsqu’une banque centrale essaie de défendre sa monnaie, puisqu’elle doit alors vendre ses devises pour racheter sa propre monnaie.

    PS Merci pour cette fonction commentaire

  7. C’est un long débat en effet. Certes une banque centrale peut imprimer autant de monnaie qu’elle le souhaite et, du reste, ce n’est pas du tout ce que je déplore. Ce qui fait peur au sujet de la BNS est son absence totale de diversification et sa dépendance accrue à l’euro. Autrement dit, ce n’est pas tant la création de francs suisses par la BNS qui est regrettable que ses achats compulsifs d’euros.
    Et je n’évoque même pas la catastrophe au cas où elle décidait d’interrompre ces achats, qui se traduira en pertes de change massives.

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