Un rapport et beaucoup de questions
Je viens de terminer la lecture et l’analyse d’une toute récente étude de la Deutsche Bank rédigée par Jim Reid, Nick Burns et Stephen Stakhiv. Je vous en livre les points principaux, non sans quelques commentaires de ma part. Elle démontre ainsi que les rendements obligataires hollandais sont au plus bas depuis …1517 ! Alors qu’il est possible d’analyser l’histoire économique des Pays-Bas depuis plus de 5 siècles, ce même travail indique que les rendements américains se retrouvent eux aussi à leur plus bas niveau depuis 1790, tandis que la Grande Bretagne n’a jamais aussi peu payé sur ses emprunts et ce depuis 1694… De même, la Banque d’Angleterre n’a-t-elle jamais eu un bilan aussi volumineux (prix payé pour ses injections de liquidités, donc sa création de monnaie) qu’aujourd’hui : même pas pendant la Grande Dépression, ni même à l’occasion des deux conflits mondiaux. Pour information, le bilan de la Banque d’Angleterre représente le quart de son P.I.B. national !
De fait, cette étude de la Deutsche Bank parvient à la constatation (implicite) que développement économique rime le plus souvent avec déficit budgétaire. La France n’ayant plus équilibré ses comptes depuis 1978, l’Italie depuis 1960. Les Etats-Unis ayant subi des déficits 40 années au cours des 44 dernières années, l’Espagne 45 années au cours des 49 dernières années… Sachant que tous les efforts entrepris afin de juguler ces déficits publics se sont soldés par des récessions. Est-ce donc dans la nature profonde de nos systèmes démocratiques et sociaux actuels que d’induire de la dette, ou à tout le moins d’éprouver un mal fou à tenter de la rembourser ? L’hyperinflation sera peut-être au rendez-vous. A moins que nos nations occidentales ne connaissent une période prolongée de stagnation, à la japonaise.
Quoiqu’il en soit, des questions vitales se posent : Les banques centrales ont-elles épuisé leurs munitions ou, en d’autres termes, sont-elles parvenues au stade alarmant où la politique monétaire ne peut plus rien pour les économies ? Nos économies et nous, citoyens, pourrons-nous nous accommoder de la réduction drastique de notre niveau de vie qui sera la conséquence du remboursement de ces dettes ? Et, question d’entre toutes, peut-on compter sur nos politiques et sur nos responsables économiques pour redresser la barre ? Car il est aujourd’hui une certitude indiscutable : nous sommes de plus en plus dépendants des Etats et des banques centrales.
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« Il y a deux manière de conquérir et asservir une nation, l’une par l’épée, l’autre par la dette ». John ADAMS 1735 – 1826 – Président des Etats Unis 1797-1801.
La quadrature du cercle : Financiarisation de l’économie > entre autres par le canal non régulé du Shadow banking (le hors bilan des banques, dites privées, demeure un formidable réacteur nucléaire laissé sans surveillance). Asservissement de l’économie par la dette > (à ce titre, je souligne comme exemple la loi française de 1973 ; l’état a emprunté aux banques privées avec intérêts en lieu et places des banques centrales « sans intérêts » (les politiques se sont ainsi soumis au diktat des marchés financiers). Fuite des ressources fiscales et détournement du capital > via les réseaux de l’économie souterraine (centres financiers offshore à la juridiction opaque ou autres structures, à l’instar des trusts). Relations incestueuses entre personnages politiques et hommes d’influences > peut-être serons-nous a même de juger, un jour, qui détient les clés du pouvoir. A tout le moins, et ce depuis 2007, l’hérésie de la privatisation des profits et la socialisation des pertes semble ouvrir les portes d’un nouveau dogme.
Il faut rappeler qu’il s’agit de la dette publique. La dette privée (plus importante) tend à suivre une évolution inverse. Et c’est bien ce désendettement des ménages qui provoque cette crise sans précédent (pas en Suisse, mais sans doute ne perdons-nous rien pour attendre).
Par ailleurs, la majeure partie des dettes nationales sont supportés par des créanciers du même pays (mais pas en Grèce ou en Espagne), et c’est ce qui leur pose le plus de problèmes), ce qui réduit la portée du problème.
Mais ça n’enlève rien aux questions évoquées: on ignore vraiment où on va, et la théorie économique se trouve fort dépourvue pour nous apporter des réponses. Si le keynesianisme vient de faire un retour en force, en matière de politique monétaire, on s’achemine sans doute vers un nouveau paradigme.
Zorblog, peut-être faut-il se pencher d’un peu plus près sur la titrisation des dettes publiques et le rôle qui lui est attribué auprès des marchés financiers. Les quelques lignes édictées par « le quatrième pouvoir » sont très souvent insuffisantes pour aperçevoir quelques arcanes que se soit.
http://www.univ-orleans.fr/leo/afse2010/papiers/VILLAPierre.pdf