Le montant de T-bonds, T-bills et autres T-notes Américains achetés par la Chine sont anxieusement étudiés et analysés mensuellement par les investisseurs, spéculateurs mais également par des Etats et organisations tout autour du monde qui, ne souhaitant pas encore se désengager complètement du billet vert, ont la hantise d'y être encore investis quand la Chine s'en sera retirée! Plaidant de plus en plus ouvertement pour une autre devise de réserves mondiale voire pour un panier de devises qui remplacerait le roi dollar déchu, la Chine connaît trop bien les marchés aujourd'hui pour y dévoiler ses intentions quant à une réduction prochaine, et en quelles quantités, de ses immenses réserves libellées en dollars.
Ces divers intérêts, privés ou Etatiques, s'intéressant par ailleurs à des pays comme Abu Dhabi, l'Arabie Séoudite, le Kuwait et le Qatar qui, détenant à eux quatre 2'100 milliards de dollars, sont également susceptibles de provoquer des mouvements de panique sur les marchés dès lors qu'ils auraient décidé d'alléger leurs réserves... En réalité, la dépréciation graduelle - et pour l'instant bien contenue - du billet vert n'est pas tant le fait de Banques Centrales soucieuses de diversification que d'organismes et de compagnies privées ayant rétrogradé la monnaie Américaine qui n'occupe plus la place de choix dans un secteur privé scrutant les actions de la Fed avec la plus grande méfiance.
Certaines estimations crédibles faisant état de réserves de dollars en mains privées 20 fois plus importantes que les réserves des Banques Centrales à travers le monde, la boule de neige de baisse du billet vert se transformerait en une gigantesque avalanche à partir du moment où ces stocks privés de monnaie Américaine chercheraient d'autres devises de remplacement. Effectivement, les faits sont là et sont incontestables : Le monde entier est surchargé de dollars et le monde entier est conscient de la perte progressive et maintenant inéluctable de la perte de statut du dollar tout comme le monde était pertinemment au fait de la perte imminente du statut de la Livre Sterling après 1918. La crise actuelle aura été au dollar US ce que la Grande Guerre fut à la Livre : le coup de grâce précipitant une déchéance déjà annoncée et pressentie depuis un certain nombre d'années.
Déficits publics massifs qui atteindront prochainement 100 % du P.I.B., liquidités généreusement offertes aux Banques aux frais du contribuable, Réserve Fédérale Américaine dont la planche à billets est opérationnelle 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sont autant de facteurs qui préludent à une dévaluation massive du dollar ... de ce dollar qui est aujourd'hui la première devise d'emprunt au monde grâce à ses taux zéro. Une tempête révélatrice de l’état d’esprit ambiant avait du reste été déclenchée la semaine dernière par le journaliste Robert Fisk selon lequel les pays producteurs arabes de pétrole auraient convenu avec la Chine, le Japon et la France de libeller dans neuf ans le commerce de brut en un panier de devises incluant le Yuan, le Yen, l'Euro et à hauteur de 50% d'Or. Rumeur? Intox?
Passée relativement inaperçue, une décision majeure adoptée en tout état de cause lors du précédent G 20 de Pittsburgh participe de cette déchéance imminente du billet vert : L'émission de Droits de Tirage Spéciaux du F.M.I. pour un montant de 250 milliards de dollars est une étape cruciale dans l'adoption d'une autre monnaie de référence. Ces DTS étant constitués d'un panier de devises, comment ne pas être choqué que la pondération du dollar Américain y soit référencée à une valeur 50% moindre que sa valeur actuelle du fait de l'endettement Américain colossal? Joseph Stiglitz n'a-t-il pas récemment affirmé que les DTR remplaceraient le billet vert comme première monnaie de réserve au monde dans une année?
Par ailleurs, la Chine - encore elle - a également proposé la création d'une référence autre que les DTR qui serait indexée sur une trentaine de matières premières dont l'Or, un peu à l'image du "Bancor" imaginé en 1944 par Keynes et dont l'objectif était de stabiliser les échanges internationaux en gardant une certaine maîtrise sur les prix des matières premières...Le souci des chinois étant, selon les termes du Président de leur Banque Centrale Chinoise, de créer une monnaie de réserve " déconnectée des nations et stable sur le long terme en supprimant les déficiences inhérentes à la création de crédit susceptible d'affecter individuellement les monnaies nationales"...A l'instar du Bancor de Keynes, l'Or occupe donc une place centrale dans les stratégies proposées par les autorités chinoises.
De fait, le métal jaune ne peut plus - et ne doit plus - être considéré aujourd'hui en 2009 comme une protection vis-à -vis d'un hypothétique retour de l'inflation : La meilleure preuve étant que la performance impressionnante de l'Or par rapport au billet vert reste très moyenne comparée à l'Euro ou à la Livre Sterling et misérable vis-à -vis du dollar Australien. D'investissement alternatif en période inflationniste, l'Or devient donc aujourd'hui le refuge de prédilection dans le cadre plus général de baisse du Dollar Américain car l'évolution de ses cours sont directement proportionnels à la dépréciation du billet vert.
Ce phénomène lié à l'Or étant au demeurant amplifié par une production aurifère qui semble bien avoir atteint son sommet en 2001 car, à l'instar de ce qui se passe pour le Pétrole, nous aurions atteint - voire dépassé - le "peak gold "... Selon le US Geological Survey, la production mondiale d'Or serait même actuellement à son plus bas niveau depuis 12 ans car, outre certaines mines épuisées, il faut aller extraire le métal de plus en plus profondément, certaines mines Sud Africaines étant à 4'000 mètres de profondeur! L'extraction d'Or aurait ainsi décliné de 9.3% depuis 2001 sachant que 7'700'000 onces de moins ont été produites entre 2001 et 2008...
Cette baisse de production, qui ne pourra être que partiellement inversée avec la hausse des prix de l'Or intervenant ainsi à une période propice à ses cours pour les raisons évoquées plus haut, envoie aujourd'hui des ondes de choc au marché tout en suscitant les interrogations les plus folles par rapport à l'évolution future de ses prix.
De nationalité Suisse et Française, né en 1963 à Beyrouth, j'ai habité au Liban, en Arabie Séoudite, à Bahrein, en Turquie, en France et en Suisse. J'ai été Cambiste (devises) et Trader (métaux précieux et matières premières) puis responsable de salles de marché dans différents établissements bancaires en Suisse. Puis, de 1993 à 2005, patron de sociétés de Gestion à Genève. Depuis 2005, je suis Economiste et Analyste Financier indépendant et appelé régulièrement en consultation auprès de Banques Centrales (en Asie et en Amérique Latine). Membre du World Economic Forum (Davos) et membre de l'IFRI (Institut Français des Relations Internationales ) dont je suis également conseiller auprès du directeur du développement.
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